Rencontre à la Librairie Kleber avec Jean-Paul Kaufmann pour son réçit:

"La Maison du Retour"


Jean-Paul Kauffmann est né en 1944. Journaliste au Matin de Paris dès 1977, puis grand reporter à L'Evénement du Jeudi, il est enlevé à Beyrouth avec Michel Seurat le 22 mai 1985 et libéré trois ans plus tard, le 4 mai 1988. En 1994, il crée la revue L'Amateur de cigare. Ecrivain, il a publié L'Arche des Kerguelen (Flammarion, 1993) , La Chambre noire de Longwood (La Table Ronde, 1997) qui a reçu le Prix Fémina essai, le Prix Roger Nimier, le Grand Prix Lire-RTL, le Prix Jules Verne et le Prix Joseph Kessel , La Lutte avec L'Ange(La Table Ronde, 2001) et 31, allées Damour - Raymond Guérin 1905-1955 (La Table ronde / Berg nternational, 2004).En 2002, Jean-Paul Kauffmann reçoit le Prix de littérature Paul Morand remis par l'Académie française.

C'est celle que Jean-Paul Kaufmann nous décrit de façon extraordinaire dans son dernier livre. De magnifiques descriptions des odeurs et saveurs de la Lande, mais aussi et surtout un hymne magistral au Chateau Palmer 1961 qui l'a accompagné dans ce retour à la vie à la suite de sa (trop) longue captivité. Une lecture très enrichissante pour tous ceux que l'univers olfactif passionne.

Daily Events : Comment vous est venu l’idée d’écrire un roman sur votre maison ?

Jean-Paul Kaufmann : Ce n’est pas un roman, je ne veux pas commencer à donner des étiquettes mais ce livre est un récit. Tout ce qui est raconté est la réalité que j’ai connu que j’ai vécu, il n’y a pratiquement pas part à l’imagination dans ce livre.

Daily Events : Vous n’avez jamais parlé de votre captivité à Beyrouth dans ce livre vous le mentionné indirectement par moment. Est-ce que ce livre vous a permis de vous guérir du passé ?

Jean-Paul Kaufmann : Je ne crois pas au fait d’écrire ce qui m’est arrivé. Comme on le dit dans l’analyse ; le fait de désigner son mal va vous soulager. Je ne crois pas au catharciste que nommer le mal m’en délivrerait. Je ne crois pas du tout à cela et je le dis dans le livre. Je crois qu’au contraire ça élargit plutôt la plaie, mais en même temps j’ai voulu savoir ce qui c’était passé, c’est presque une quête impossible. Est-ce que ce livre m’a guéri non certainement pas. Mais c’est comme dans l’analyse on a l’illusion d’être guéri, ce qui est déjà pas mal, mais on est pas réellement guéri.

Daily Events : Vous parlez beaucoup de la solitude dans votre livre. D’après vous dans quelles conditions la solitude peut elle être créatrice ou destructrice ?

Jean-Paul Kaufmann : Vous avez raison de poser cette question, parce que moi la solitude telle que je la vis dans cette maison est une solitude voulue et acceptée. Alors que la solitude que j’avais connu auparavant est une solitude imposée, c’est la solitude des prisonniers. Tandis que moi je sais qu’au bout de cette solitude dans cette maison où je vis seul, avec deux ouvriers qui répare la maison pendant que je suis au premier étage on se parle peu. C’est une forme d’isolement mais au bout de cette isolement il y a quand même le partage, ma femme revient les week-end. Comme je le dis à la fin de ce livre, ce qui est bien dans cette maison c’est une très vaste maison moi je suis un peu retire dans un coin dans on bureau. Cette maison vit il y a du bruit a cote même si moi je suis retranché dans moi coin. J’aime bien ce mode de vie là.

Daily Events : C’est un peu paradoxal vous avez choisi une maison qui est isolée mais malgré tout qui est ouverte à tout le monde vu qu’elle n’est pas clôturée. C’était important pour vous ?

Jean-Paul Kaufmann : Ah oui! En plus de ça la forêt des Landes est une forêt privée mais elle est ouverte à tous. C’est vraiment un de ces seuls endroits en France qu n’est pas clôturée ou barricadée. C’est un paysage ouvert a l’infini. Sans doute du fait que moi j’avais été enferme un certain temps j’avais besoin de cet espace, de cette ouverture vers le grand large, de cet oxygène. Les Landes c’est peut être un des seuls paysages français qui ressemble au nouveau monde c'est-à-dire en Amérique du nord. C’est ce que j’aime dans les Landes, c’est cette ouverture.

Daily Events : Quand on lit votre description du café on a tendance à penser à « La Madeleine » de Proust ou « A la gorgée de bière » de Delermes. Quel est votre rapport par rapports aux instants présents ? Je pense que vous vous en rendez beaucoup plus compte maintenant.

Jean Paul Kaufmann : Oui, alors je ne sais pas si c’est du au fait que j’ai été en captivité mais il est vrai que toutes ces choses simples élémentaires qui peuvent même paraître nièvre on une consistance et une saveur particulière, le vent, les oiseaux, les fleurs. J’ai appris à savourer tout cela. J’ai voulu écrire un livre qui n’était pas une plainte, j’ai voulu écrire un livre du bonheur d’être vivant, de l’allégresse, de la joie de la succulence de la saveur. Les plus belles choses sont gratuites, les spectacles de la nature etc…

Daily Events : Peut-on dire que cette maison vous a ouvert un nouveau regard sur le monde ?

Jean-Paul Kaufmann : Oui elle m’a ouvert. Si ça avait été une autre maison est ce que mon rapport aurait été différent. C’était la maison de la convalescence, la maison ou on réapprend les choses, a regarder, a sentir, a entendre, a toucher. Les bruits ont beaucoup d’importance dans ce livre. C’est la maison du re apprentissage de la rééducation, elle a beaucoup compté

Daily Events : Vous en êtes devenus indépendants de cette maison ?

Jean-Paul Kaufmann : Comme une drogue ? Non non. Enfin quoi que… Oui c’est vrai que quand je suis séparée de cette maison elle me manque, c’est comme une femme, une passion. Mais le propre de la passion c’est que ça ne dure pas, je pense que c’est plutôt un amour tranquille et apaisé que j’ai avec cette maison. Quand je suis séparée d’elle, ce me pèse un peu, je pense a elle comme une personne vivante. Quand je pars j’ai toujours un pincement au cœur et je me demande toujours si je pourrais la revoir cette maison.

Daily Events : Qu’est ce que cela vous a apporté d’écrire ce livre ? Est-ce que cela vous a fait plaisir ?

Jean-Paul Kaufmann : Vous savez écrire ça ne fait pas forcément plaisir, on est content quand on a terminé. Quand on écrit un livre on est seul devant ce texte, on doute, on se demande si c’est vraiment intéressant, et puis il y a un côté presque monotone dans l’écriture. Je ne sais pas combien de temps vous mettez pour lire un livre, deux trois heures, moi j’ai mis trois ans à l’écrire. Je crois que ça m’a peut-être aidé à tourner une page, à faire un bilan.


Rencontre à la Librairie Kléber avec Audrey Diwan pour son nouveau roman:

"Fabrication d'un mensonge"


Daily Events : Qu’est ce qui vous a donné l’envie d’écrire un roman ?

Audrey Diwan : L’idée de faire un roman a commencé bien bien avant le fait de travailler chez Glamour. C’est une envie qui date du jour où j’ai appris à écrire. Avant de publier ce livre là j’en ai écrit deux autres que je n’ai pas montrés pas publié parce qu’ils n’étaient pas assez mûre.

Daily Events : Vous avez donc toujours voulu faire ça. C’était peut être trop dur d’en vivre aussi…

Audrey Diwan : C’est plus que difficile c’est impossible. Du coup j’ai trouvé des métiers qui flirtaient autour de cette passion là. C’est différent mais je travaille aussi comme éditrice.

Daily Events : Pourquoi avoir choisi le thème du mariage, vous en faite même presque une critique dans votre roman…

Audrey Diwan : J’aime bien le presque… Le thème du mariage m’a été imposé par l’endroit. Au départ je me suis mise à rêvasser devant les boutiques près de chez moi, ses boutiques hyper kitsch avec des fleures en plastiques de la dentelle. Du coup j’ai imaginé ce qui pouvait se passer à l’intérieur de ces boutiques, donc c’est vraiment parti de l’endroit. A partir du moment où on réfléchit à l’endroit ou s’interroge sur l’utilité de cet endroit et après on pense au lien du sacrement du mariage. Pourquoi est-ce qu’on décide encore de faire cette promesse ? Est-elle tenable ?

Daily Events : Vous vous êtes contre le mariage ?

Audrey Diwan : Je ne sais pas. Je n’ai pas envie de me marier aujourd’hui. Je trouve qu’il faut être à la fois cinglé et très courageux et poète en même temps. C’est un peu un mélange des ces trois sentiments là et je ne sais pas si je le risquerais. Moi je me porte très bien dans mon couple, si on était mari ou femme peut être que ça changerait quelque chose et pour le moment je n’ai pas envie de vérifier ce que ça change.

Daily Events : Votre personnage principal Raphaël à votre age, retrouve-t-on un peu de vous chez elle ?

Audrey Diwan : Moi j’ai été pas mal comme elle, j’ai été assez timide pas à l’aise. Mais j’ai l’impression que beaucoup de personnes le sont avant de se retrouver. Pour moi ce qui était important c’était de mettre en scène des femmes, parce que je manquais de roman avec des femmes. Raphaëlle et Lola incarnent deux moments d’une existence celui où on est post ado et celui où on s’est trouvé.

Daily Events : Pour créer le personnage de Lola vous vous êtes inspirés de personnes que vous connaissiez ? Vous avez connu une Lola ?

Audrey Diwan : J’en ai connu beaucoup de Lola. Je pense que très peu de personnes ne rencontrent pas une Lola dans leur vie, cette fille qu’on admire pour des raisons tout à fait injuste et irrationnel et on sent qu’on voudrait être elle mais on ne lui dirait jamais. J’en ai connu au moins trois de Lola

Daily Events : Le thème principal du roman est le mensonge. Pensez vous que le mensonge est toujours mauvais ?

Audrey Diwan : Non c’est bien, c’est très très bien. Vous pensez que j’ai dit la vérité depuis le début de l’interview ? Le mensonge c’est mon matériau premier quand on écrit, le mensonge est une échappatoire qui peut être odieuse ou poétique. Un mensonge s’il est là pour nuire, peut faire des dégâts immense, mais s’il est là pour faire rêver je le pardonne.

Daily Events : Quels sont vos auteurs préférés ?

Audrey Diwan : Moi j’ai été bouleversé très récemment par un auteur américain : Jonathan Safran Foer qui a écrit deux livres ; « Tout est illuminé » et « Extremement fort et incroyablement près », il met des images des dessins il se permet tout mais ça reste un objet extremement littéraire. Avant cela j’ai lu tout Milan Kundera, parce que les romans de Kundera ont cette particularité de raconter une histoire tout en faisant une philosophie légère qui permet de mieux se connaître soi. Evidemment ce n’est pas d’une originalité folle mais il faut rendre à César…

Daily Events : Quand vous avez écrit votre roman vous connaissiez toute la structure déjà où cela venait au fur et à mesure ?

Audrey Diwan : J’ai écrit toute la structure avant, parce que d’expérience, je sais que quand on se met à écrire il faut savoir où on emmène le lecteur et les personnages. J’ai fait la profession de foi de chaque personnage, chaque personnage a écrit une rédaction presque scolaire « je m’appelle Lola, je vis là etc… »

Daily Events : Vous avez de nouveaux projets de roman ?

Audrey Diwan : Je suis repartie sur autre chose, et je suis bien embêtee parce qu’entre autre je parle d’un rapport mère fille désastreux et je viens de tomber enceinte et j’attends une fille. Ca va remettre en question énormément mon livre. J’ai raté une première tentative de mariage, j’ai été fiancée pendant trois semaines quand j’ai écrit ce premier livre et maintenant je tombe enceinte. Il faut faire attention à ce qu’on écrit après il faut l’assumer.


Rencontre à la Librairie Kléber avec Mathilda May pour son nouveau roman:

"Personne ne le saura"

Danseuse classique devenue comédienne, Mathilda May a tourné une vingtaine de films, avec Claude Chabrol, Jacques Demy, Michel Deville ou encore Werner Herzog. En 1988, elle obtint successivement le César du meilleur espoir féminin et le Prix Romy Schneider. Elle vient de tourner dans le prochain film de Claude Chabrol. "Personne ne le saura" est son premier roman.

Alice et Morgane sont deux femmes aux destins marqués par le désespoir. L'une, professeur de musique par dépit, n'arrive pas à prendre sa vie en main et trouve son refuge dans les notes de son piano. L'autre, épouse d'un riche héritier, noie son ennui dans l'alcool et les médicaments. Au moment où elles allaient chavirer, un homme va transformer leur existence.

Daily Events : « Personne ne le saura » est votre premier roman. Pourquoi vous êtes vous tourné vers l’écriture ?

Mathilda May : Parce-que c’est complémentaire, c’est une forme d’expression en plus et parce que j’avais besoin de me responsabiliser un peu plus en tant qu’adulte. Il y a un moment donné où ça devient un petit peu compliqué de se laisser porter tout le temps par le désir des autres qui fluctuent en plus selon des critères parfois subjectifs. J’ai toujours attendu qu’on vienne vers moi, et je n’allais pas vers les autres. Avec ce livre je voulais faire la démarche d’aller vers les autres de partager quelque chose avec les gens.

Daily Events : Pourquoi avoir choisi de parler de deux femmes déçues par la vie ?

Mathilda May : On les prend en cours de leur vie à un moment ou elles sont en pleines crises ou elles ont perdu fois en la vie et où la seule solution possible est de disparaître. Ce que j’ai voulue traduire dans ce livre c’est que leur raisonnement était légitime compte tenu de leur vie. Je voulais qu’on puisse comprendre qu’elles aient toutes les circonstances atténuantes pour en finir, que leur raisonnement soit totalement cohérent. Jusqu’au jour où elles rencontrent une personne qui va changer ce destin tout tracé d’avance et en fait ça rejoint un peu la théorie de Boris Cyrulnik de la résilience où ils parlent de cas désespérés, d’enfants qui sont voués à la délinquance sauf qu’il suffit d’une parole, d’un regard, d’une rencontre. Ce roman est une histoire de résilience.

Daily Events : Vous vous retrouvez dans l’une de ces deux femmes ?

Mathilda May : J’ai pris des choses de moi, mais après l’imaginaire exacerbe et développe ce qui vient de soi au départ. Je pense que pour transmettre à l’autre il faut partir de soi, plus on est proche de son intimité et plus on touche l’intimité des gens.

Daily Events : Le piano est un élément principal de votre roman est-ce dû à votre passé de danseuse ?

Mathilda May : Ah! Je n’avais pas fait le lien, mais c’est vrai. Le piano c’est la première chose que je remarque quand je passe dans un studio de danse. Le piano a été le moteur de mes mouvements, c’est grâce au piano que j’avais cette force intérieure en moi. Sans le piano je ne me serais jamais autant poussé à l’effort c’était la musique mon moteur.

Daily Events : Pourquoi l’homme qui relie Alice et Morganne est aveugle ?

Mathilda May : Les personnes aveugles ont une acuité particulière. Les personnes non voyantes ont une écoute beaucoup plus fine et beaucoup plus profonde et pas dénaturée par l’apparence. Et c’est vrai qu’il y a eu une rencontre, je n’avais pas le rapprochement depuis tout à l’heure, mais j’avais été interviewé par une journaliste non voyante et lors de cette interview j’ai trouvé qu’il y avait une écoute tellement rare.

Daily Events : Comment vous est venue la trame de votre roman ? Connaissez vous toute l’histoire avant de commencer à écrire ?

Mathilda May : Je me suis vraiment laissé porter, tout est venu au fur et à mesure. Je n’avais aucune idée de la fin quand j’ai commencé.

Daily Events : Vous êtes vous-même actrice, verriez vous votre roman adapté au cinéma ? Y avez-vous déjà pensé ?

Mathilda May : Je me suis interdite d’y penser, ne serait ce que pour ne pas avoir la contrainte de la durée. Je voulais décrire des impressions et des sensations qui ne sont pas forcément visuels. Après d’autres personnes m’en ont parlé, mais si cela devait se passer je le réaliserais.

Daily Events : Avez-vous déjà d’autres projets de roman ?

Mathilda May : Oui mais j’ai peur, je n’ose pas me l’avouer. Dans le premier roman il y tellement de choses qui sont là depuis toujours qu’on a besoin de dire, de sujets qu’on a envie d’aborder. J’espère ne pas être vider.


Rencontre à la Librairie Kléber avec Zoé Valdès pour son nouveau roman:

"L'éternité d'un instant"

Poète, romancière et scénariste, Zoé Valdés est née en 1959 à La Havane. Interdite de séjour à Cuba depuis 1995, elle vit à Paris. Elle a reçu les plus importantes distinctions littéraires en Espagne et ses livres sont traduits dans de nombreux pays. L'éternité de l'instant est son sixième livre aux Éditions Gallimard.

Lola est la petite-fille préférée de Maximiliano Megia, et c'est uniquement pour elle qu'il accepte de rompre le silence dans lequel il s'est réfugié depuis que sa femme a quitté Cuba, le laissant seul avec ses cinq enfants. Son histoire débute en Chine : né de l'union très heureuse d'un célèbre chanteur d'opéra traditionnel, Li Ying, et de Mei, une jeune calligraphe, Maximiliano - Mo Ying de son vrai nom - est doté d'une intelligence et d'une sensibilité rare. Mais lorsque sa famille reste sans nouvelles de son père, parti à l'étranger comme des milliers de Chinois au début du XXe siècle pour échapper à la misère, Mo Ying s'exile à son tour pour essayer de le retrouver. Après bien des péripéties, devenu Maximiliano Megia au Mexique, il débarque à Cuba... L'éternité de l'instant constitue une nouvelle preuve éclatante du talent romanesque de Zoé Valdés. Dans une foisonnante mosaïque d'histoires et d'aventures, son pouvoir d'évocation est mis au service d'une émouvante quête d'identité et de sens.

Daily Events : Votre roman parle d’une famille chinoise, vous-même avez des origines chinoises. Est-ce pour cela que vous avez voulu en parler ?

Zoé Valdès : Oui oui bien sûr. Ce roman raconte l’histoire de mon grand-père, ça c’est une réalité. Il est venu de la Chine au Mexique, il a fait ce voyage d’une autre façon parce que tout le reste est crée pour le roman. Puis après il est parti du Mexique à Cuba tel que je le raconte dans le roman.

Daily Events : Dans tous vos romans vos personnages sont cubains ou s’exilent à Cuba. Est-ce parce que vous vous êtes cubaine que vous ressentez le besoin de toujours faire référence à votre pays Cuba?

Zoé Valdès : Oui bien sûr c’est tout d’abord parce que je suis cubaines mais aussi parce que je trouve que c’est un pays qui a beaucoup de choses à raconter du au fait qu’il y a beaucoup de choses qui se sont passées à son sujet et dans son histoire. Il y a des histoires romanesques que même une vie ne suffirait pas pour les raconter. Il s’est passé vraiment des choses extraordinaires qui appartiennent au réel merveilleux, qui vient de Alejo Carpentier et surtout de Lino Novas Calvo qui est un écrivain qui a beaucoup influencé Alejo Carpentier.

Daily Events : Vos thèmes de prédilection sont l’exil, le manque de sa terre et la distance. De nouveau dans « L’éternité de l’instant » vous faites référence à ses thèmes. Pourriez vous écrire un roman sans évoquer ces thèmes ?

Zoé Valdès : Je ne sais pas. Là je viens de finir un roman de 400 pages sur le surréalisme, sur une peintre femme catalane, Remedios Varo, qui était surréaliste et qui était l’amie d’abord l’amante après la femme à la fin de Benjamin Péret et d’autres parce qu’elle a eu beaucoup d’hommes dans sa vie. Je parle toujours d’exil parce qu’elle a vécu l’exil. Elle est partie de l’Espagne pour venir en France puis après elle est partie au Mexique à l’époque de la deuxième guerre mondiale. Mais je parle aussi d’amour, ce sont des sujets universels qui touchent tout le monde mais on le vit plus à fleur de peau quand ça vous concerne.

Daily Events : Votre roman n’est pas autobiographique mais peut-on dire que vous avez énormément puisé dans votre propre vie ?

Zoé Valdès : Oui bien sûr, il y a beaucoup de mon grand-père de ma grand-mère. Ma mère c’est ce personnage qui est avec sa petite fille Lola et Lola c’est un peu moi évidemment. Mais je suis aussi un peu comme, une des sœurs de Mo Yhing : la plus petite Irma Cuba Yhing parce que j’avais une relation très forte avec la nature et les animaux. Quand j’étais petite je parlais beaucoup avec les pierres et avec les arbres ! Ca fait aussi partie de la culture irlandaise, Celte et Chinoise.

Daily Events : Vous décrivez très précisément la culture chinoise. Vous avez fait beaucoup de recherches pour ce roman.

Zoé Valdès : J’ai surtout fait des recherches bibliographiques et spirituelles. Je n’ai pas fait le voyage en Chine parce que je ne trouvais pas ça nécessaire. Je ne voulais pas que la Chine d’aujourd’hui m’influence, même si c’est une Chine que je ne trouve pas tout à fait négative. Il y a des choses négatives comme les prisons et tout ça mais il y a aussi des choses économiques et sociales qui sont positives, la cinématographie et la littérature sont très belles et d’une force incroyable. Tous ces éléments je les ai puisés dans la littérature, je voulais d’abord faire le voyage spirituel et après un jour j’irais vraiment en Chine.

Daily Events : Votre livre montre les relations diverses qu’on peut avoir dans une famille, vous donnez beaucoup d’importance à la famille, avec Mo Ying qui va rejoindre son père etc… Cette notion de famille est importante pour vous est ce pour cela que vous en parlez?

Zoé Valdès : Je voulais parler de la famille parce que ça c’est une question qui me touche beaucoup. La famille a explosé à Cuba, et c’est vrai que parfois les gens progressistes trouvent que la famille ne sert à rien, mais en même temps j’ai connu des gens progressistes qui ont toujours vécu dans leur famille, et ils étaient très proches et unis. Moi-même je n’ai pas eu cette possibilité à cause de la politique, je voulais écrire une saga familiale. Mais je voulais aussi que le personnage principal dure cent ans, qu’il soit centenaire, je voulais montrer ce qu’est un siècle pour l’homme. Je voulais que les lecteurs se rendent compte des changements dans la communication en un siècle. Les gens communiqueront toujours par la tendresse et l’amour.

Daily Events : Combien de temps avez-vous mis à écrire ce livre ?

Zoé Valdès : J’ai mis pas mal de temps ; quatre ans et demi. Mais j’ai fait des choses entre temps, c’est un roman de réflexion donc ça met du temps à écrire. Pour ce roman j’ai fait une structure linéaire avec des choses très organisées, et j’ai utilisé la technique cinématographique du flash-back pour que les lecteurs puissent réellement se retrouver dans ce roman.

Daily Events : Avez-vous toujours voulu être écrivain ?

Zoé Valdès : Toujours à tel point que quand j’étais une enfant je lisais Jules Verne et à chaque fois je me faisais dédier à moi-même « Pour la jeune écrivain Zoé Valdès de la part de Jules Verne ». J’étais comme n’importe quel écrivain, très schizophrène.

Daily Events : Cela fait un certain nombres d’années que vous vivez en France maintenant vous vous sentez chez vous ici ?

Zoé Valdès : Vous savez la première fois que je suis arrivée à l’aéroport à Paris, je suis arrivée il y à six ans et j’ai soupiré et je me suis dit « ouf je suis chez moi ». Ca m’a beaucoup émue parce que j’ai senti que j’avais un point de repère.


Rencontre à la Librairie Kléber avec Jean-Christophe Grangé pour son thriller:

"Le Serment des Limbes":


Après une maîtrise de lettres à la Sorbonne, Jean-Christophe Grangé devient rédacteur publicitaire, puis travaille pour une agence de presse. A partir de 1989, il parcourt le globe pour réaliser ses premiers reportages, travaillant pour des journaux et magazines variés et internationaux, parmi lesquels Paris Match ou le Sunday Times. Devenu journaliste free-lance, il fonde sa propre agence, L & G, et finance lui-même ses expéditions aux quatre coins du monde. Ces reportages lui permettent de récolter au passage les plus importantes consécrations de la profession, le prix Reuter et le prix World Press. En 1994, Jean-Christophe Grangé entame sa carrière littéraire avec 'Le Vol des cigognes' et enchaîne en 1998 avec 'Les Rivières pourpres', qui connaîtra cette fois un large succès et lui assurera la célébrité. En 2000, paraît 'Le Concile de Pierre', qui fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 2006. Traduits en 18 langues, les romans de celui que l'on surnomme le 'Stephen King français' se sont déjà vendus à plus d'un million d'exemplaires. En 2003, il publie 'L'Empire des loups'. Il est à l'origine du scénario de 'Vidocq' et des textes de la bande dessinée 'La Malédiction de Zener', de Philippe Adamov. Il est également à l'origine d'une trilogie sur la 'compréhension du mal sous toutes ses formes', entamée avec 'La Ligne noire' en 2004. Jean-Christophe Grangé, auteur prolifique, semble avoir trouvé la clé du succès.

Quand on traque le diable en personne, jusqu'où faut-il aller ?

Daily Events : Comment développez vous la trame de vos romans ? Partez-vous d’un thème spécifique comme dans ce roman les NDE (Near to death events) ou vous trouvez d’abord votre enquête ?

Jean-Christophe Grangé : En général moi je pars toujours des reportages que j’ai pu faire lorsque j’étais journaliste. Pendant dix ans j’ai fait de grands reportages donc j’ai accumulé un matériau assez riche, et j’ai gardé pleins de souvenirs, il y a pleins de choses qu m’ont marqué. Vu que j’étais freelance, j’étais obligé de trouver les sujets les plus fous les plus inaccessibles possible. On était obliger de trouver des sujets à vendre aux magazines donc fatalement des sujets qu’eux n’avaient pas fait ou qu’il ne pouvaient pas faire. Pendant une dizaine d’années j’ai fait des sujets complètement dingue, je n’avais jamais oublié mon rêve secret d’écrire. Je gardais tout ça en me disant qu’un jour je pourrais garder tout ça pour écrire mes romans policiers. Pour ce roman je me suis souvenu d’un reportage que j’ai fait sur des histoires de survie, les histoires les plus folles de survie à travers le monde. Parmi ces histoires quelques-unes unes m’ont marqué en profondeur et dans ces cas là votre imaginaire rebondit la dessus et vous commencez à inventer une histoire. Dans ce cas là c’était une miraculée de Lourdes que j’ai réellement rencontrée en Sicile comme dans mon livre et une petit fille noyée qui était restée morte pendant une heure et qu’ils ont réussi à faire revivre. De fil en aiguille de l’idée de survie à l’idée de traversé de la mort je me suis intéressé à la mort imminente.

Daily Events : Avez-vous toute votre histoire en tête avant d’écrire ou cela vient-it au fur et à mesure de votre écriture ?

Jean Christophe Grangé : J’ai construit ma trame parce que je travaille en construisant ma structure très très très précisément avant d’attaquer le livre, j’ai un scénario très précis au point que je pourrais l’attaquer à n’importe quel endroit, je pourrais commencer par la fin écrire le milieu, je sais chapitre par chapitre ce qu’il y aura ,comme si c’était un plan de tournage.

Quand mon histoire m’emporte un peu ou que les personnages prennent des directions différentes je reviens à ma structure et je les réécris pour être sûr d’avoir une colonne vertébrale très solide ! En réalité les gens ne s’en rendent pas compte, c’est normal c’est les secrets du chef, mais si mes livres se lisent aussi bien s’ils se dévorent, c’est parce que ce sont des livres sans temps morts ou chaque chapitre rebondit et que la colonne vertébrale est très solide.

Daily Events : Dans tous vos romans on retrouve les thèmes récurrents de la violence humaine et du milieu scientifique. Pourquoi ce choix ?

Jean Christophe Grangé : Encore une fois cela est lié à mon passé de journaliste. J’ai fait énormément de reportages d’aventures mais aussi beaucoup de reportages scientifiques. On avait le devoir de trouver des sujets inédits et j’ai compris assez vite que la science avait le don de trouver des choses incroyables, donc j’avais une mine d’or, un puits inépuisable. J’ai gardé ce goût pour la science et c’est une bonne clé pour mes thrillers qui flirtent avec l’irrationnel et le fantastique.

Daily Events : On constate que votre héros du livre peut vivre de façon très dure, il mange peu et ne vit que de cigarettes et d’eau ? Pourquoi est-ce important pour vous de faire des personnages aussi durs ?

Jean Christophe Grangé : J’adore le héros, l’enquêteur qui s’incarne complètement dans son enquête, il en perd le boire le manger il ne dort pas, il ne fait que s’acheminer vers la vérité, il combat c’est un soldat le croisé, surtout dans ce roman, qui combat pour Dieu, qui ne s’arrête pas qui ne se repose pas. Je serais tenté de dire en exagérant un peu que ce profil me ressemble, je ne suis pas du tout un jouisseur, un type qui aime se reposer qui aime profiter de la vie. Vous ne me croiserez jamais à table pendant trois heures ça c’est de la science fiction. Donc j’aime ce genre de héros moi même j’aime l’action j’aime m’incarner dans ce que je fait. Même en tant que lecteur je n’ai aucun goût pour les héros de roman policier qui ont des problèmes avec leur femme.

Daily Events : Vous aimez bien les héros extraordinaires à la limite de l’inhumain…

Jean Christophe Grangé : Oui j’aime d’une certaine façon les types austères, les soldats, les types qui se sacrifient eux mêmes pour le combat. J’avoue que c’est ma figure de héros c’est ce type d’héroïsme là que j’aime.

Daily Events : Comment vous est venu l’idée de parler de la NDE et d’aborder un point de vue différent avec les personnes qui en ressortent démoniaques ?

Jean Christophe Grangé : Intuitivement d’un point de vue imaginaire je me suis mis à envisager l’hypothèse d’expérience négative. Il ne s’agissait plus de lumière blanche, d’amour infini de grande générosité mais le contraire c'est à dire un couloir noir un tunnel de ténèbres et au fond qui serait une figure contraire de blanche céleste donc une figure satanique. Dans ma tête les éléments se sont organisés, et j’ai eu la surprise quand j’ai fait l’enquête pour nourrir mon histoire, de voir que ces expériences existaient. Elles sont très rares mais elles existent..

Daily Events : Ah! bon parce qu’on n'en parle pas beaucoup pour ainsi dire jamais…

Jean Christophe Grangé : Oui c’est rare. Mais vous allez voir on va en parler de plus en plus souvent. Parce que c’est fascinant d’imaginer qu’il y a la même chose mais en négatif . Et qu’est-ce qu’il y a au bout du tunnel peut être le diable en personne…

Daily Events : Vous décrivez très précisément les scènes de crimes, c’est glauque voir même gore. Vous pensez que c’est nécessaire pour faire un bon thriller ?

Jean Christophe Grangé : Là il y à deux raisons. D’abord il y a une loi du genre presque une loi technique, qui est qu’on est dans le thriller donc on est dans les enquêtes criminelles il y a beaucoup de thriller sur le marché ça ne cesse d’évoluer, chacun essaye d’aller un peu plus loin que le voisin. Fatalement il y a un phénomène de surenchère. Je suis tenté de dire que maintenant pour faire peur aux lecteurs surtout aux lecteurs habitués par ce genre de livres il faut aller beaucoup plus loin. Parfois les gens sont surpris et même choqués de mon imaginaire dans ce domaine là, là encore j’ai trouvé une autre technique de meurtre à ne pas piquer des nerfs c’est le cas de le dire… On est tenté d’aller plus loin que le précédent pour faire peur aux gens pour les coller au mur.

L’autre chose : les scènes d’autopsies les détails toujours donnés sur les morts sur les blessures sur ce qu’a fait le criminel ont une raison spécifique. En effet ce genre de roman est une sorte de voyage, on voyage dans le cerveau du tueur, on voyage dans sa folie dans ses motivations. Et l’une des donnés de ce voyage, la carte en quelques sortes, c’est les cadavres, les blessures que porte le cadavre c’est la cartographie du tueur. Les mutilations très étranges que porte le cadavre dans ce roman sont la signature du tueur. Je m’applique toujours à avoir un légiste original et des cadavres très originaux on n'en parle même pas. Mais je suis tenté de dire que cela devient abstrait moi quand j’écris tout cela je ne pense pas réellement à la souffrance que cela procure aux victimes.

Daily Events : Quand on lit vos romans on se demande comment cela vous vient, on se demande si ces vos fantasmes cachés, en fait ça fait même un peu peur…

Jean Christophe Grangé : Parfois ça fait peur, parfois les gens ont l’impression qu’ils vont rencontrer Dracula, parce qu’on se dit que si ce type a écrit ça c’est que c’est une part de son désir. Mais pas du tout, c’est même le contraire, c’est plutôt des raisons que moi j’ai d’avoir peur, depuis que je suis tout petit je fais des cauchemars, j’ai toujours grandi dans la peur adolescent ça m’est resté je me passionné pour les films d’horreurs les films gores, quand j’ai commencé à écrire je savais que je resterais dans ce style. Ce sont des choses qui me choquent, qui m’effraient et donc j’avais cet espoir de me guérir à travers l’écriture

Daily Events : Et donc vous vouliez faire peur aux autres…

Jean Christophe Grangé : Vous savez mes livres c’est comme des contes pour adultes, on joue à se faire peur. Les gens lisent ça sous la couette mais on sait bien que rien n’est vrai. C’est comme les histoire qu’on raconte aux enfants pour leur faire peur, ils adorent frissonner parce que c’est de la fausse peur. La peur devient une jouissance dans ce cas là…

Daily Events : Vous êtes très précis dans vos descriptions, par exemple dans votre roman vous décrivez l’univers du Vatican, vous avez fait des recherches ou ce n’est que votre imaginaire ?

Jean Christophe Grangé : Je travaille en trois temps. J’ai d’abord mes souvenirs de reportages, j’avais côtoyé ce milieu à l’époque donc j’avais pas mal d’informations. Après j’écris souvent certains détails je laisse des blancs parce que je ne sais pas encore. Et dans un troisième temps quand le livre est quasiment fini, je vais sur les lieux de ma scène et je revis ce que mon héros fait entièrement, il y a une réelle identification avec le héros je marche dans ses traces.

Daily Events : Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes lancé dans l’écriture, vous ne vouliez plus être Grand Reporter ?

Jean Christophe Grangé : En fait c’est le contraire, j’ai toujours voulu écrire. Pour dire la vérité en sortant de fac je n’avais pas grand-chose à dire, ce que j’écrivais c’était assez creux. Il a fallu que je trouve du travail, j’allais me marier, je n’étais vraiment pas le gendre idéal, j’étais poète maudit, j’avais une maîtrise de lettre je trouvais tout le monde débile j’en avais que pour la littérature. On ne savait pas ce qu’on allait faire de moi, surtout ma belle-mère…

J’ai commencé par la publicité, dés que j’ai su faire ce métier je me suis mis en free lance et j’ai rencontré des photographes avec qui j’ai fait des reportages. Mais j’avais toujours rêvé d’être écrivain, au bout de très peu de temps j’ai compris que mes reportages allaient pouvoir nourrir des livres. Des livres qui seraient intéressants et pas des rêveries nombrilistes d’un étudiant attardé.

Daily Events : Quels sont vos romans et films préférés ? Restez vous dans le même style que ce que vous écrivez ?

Jean Christophe Grangé : Dans ce domaine de roman policier j’ai mes grandes références : James Ellroy, Martin Goldsmith, Sébastien Japrisot et en film les grands thrillers inégalés et inégalables ; Angel Heart, L’Année du Dragon, Marathon Man. Par contre j’ai des goûts beaucoup plus large, j’aime Françoise Sagan, Gavalda. J’aime beaucoup ce que je ne saurais pas écrire, je suis très admiratif.

Daily Events : Relisez-vous votre roman avant de le publier ?

Jean Christophe Grangé : Non jamais, parce que si vous êtes un auteur conscencieux quand vous relisez vous trouvez toujours des choses qui ne vont pas et ça devient un enfer…

Daily Events : Tous vos romans ont été adaptés au cinéma, quand vous l’écrivez vous pensez déjà l’adapter au cinéma ?

Jean Christophe Grangé : Non pas du tout, et je serais même tenté de dire de moins en moins. Le cinéma avec les années je m’en détache. J’ai eu de la chance d’avoir toujours des producteurs très sympas avec moi, qui m’ont toujours impliqué dans le processus d’adaptation cela étant plus je vieillis et plus je me dis que je dois me concentrer sur mes livres. Le cinéma est un milieu très compliqué, tout le monde a voix aux chapitres, il y a énormément de contraintes ; d’argent, de technique, d’acteurs, ce qui fait que cela devient très compliqué.

Rencontre à la Librairie Kléber avec Nadir Dendoune pour son roman:

"Lettre ouverte à un fils d'immigré"

Nadir Dendoune a 34 ans. Diplômé du Centre de formation des journalistes (CFJ), il est aujourd’hui journaliste reporter d’images et travaille pour plusieurs chaînes de télévision.


Daily Events : Qu’est –ce qui vous a motivé à écrire ce livre ? Etait-ce uniquement pour chargé Nicolas Sarkozy ?

Nadir Dendoune : Au départ, ça devait être un livre sur mon parcours. Mais comme j'entendais de plus en plus de gens séduits par Sarko, l'idée est venue de se servir de ma vie pour démonter les clichés que véhiculent le discours sarkozyste sur les banlieues. Sarko a bâti sa popularité grâce aux cités, c'est pas mal qu'une ex-caillera lui écrive. Ce n'est pas uniquement une charge anti-sarko, c'est aussi une charge contre cette France qui ne veut pas faire de la place aux basanés, celle qui a encore du mal à accepter le fait que la France n'est plus seulement blanche mais qu'elle est aujourd'hui métissée. Un peu ce que dit Diam's dans "Ma France à moi".

Daily Events : Avez-vous fait des recherches sur la vie de Nicolas Sarkozy ?

Nadir Dendoune : Oui, j'ai lu plusieurs bouquins sur la vie de Sarkozy et puis je lis la presse tous les jours donc je me suis fait une opinion de lui aussi comme ça.

Daily Events : Savez vous s’il a lu le livre ?

Nadir Dendoune : Je pense qu'il a du le lire mais comme il me méprise, il n'a pas daigné me répondre. J'ai reçu une lettre de Bayrou et de Ségolène Royal pour me dire combien le livre les avait émus et combien il était important de témoigner. Il y a eu tout de même de la presse sur le bouquin, PPDA en a même parlé dans son émission à LCI. Donc, Sarko connaît mon livre. Dans son passage au Grand Journal de Canal+, mon livre se trouvait à côté de lui.

Daily Events : Vous dîtes que vous ne voulez pas être considéré comme un exemple mais comme une exception. Pourquoi cela ?

Nadir Dendoune : Je ne suis pas un exemple, je suis une exception. Sur un type comme moi qui s'en sort, il y en 10 qui restent sur le carreau. Un mec avec ma tronche et de ma condition sociale, s'il est moyen, il est mort. Si tu es bourgeois et blanc de surcroît, pour t'en sortir, tu as besoin d'un petit effort. Pour "nous", il faut être un guerrier pour s'en sortir. En faire toujours plus.

Daily Events : Vous n'en avez pas assez à la fin qu’on dise que vous avez réussi et que c’est d’autant mieux parce que vous êtes d’origine magrhebine et que tout le monde insiste là dessus ?

Nadir Dendoune: Quoi que je fasse, je suis un Bougnoule. Si je suis un type bien, on dit que je suis un Arabe gentil (c'est à dire pas comme les autres). Si je vole, je suis un Arabe voleur, toi, si tu voles, tu n'es qu'une voleuse. Bien sûr, que j'en ai marre. Mais tant qu'il n'y aura pas de maire rebeus, de PDG rebeus, de députés rebeus, il sera difficile de changer le regard de la société sur les moins clairs. Quand il faut parler de diversité, tout le monde est champion, quand il faut agir, il n'y a rien qui suit. Pourquoi quand on parle D'Azouz Begag, on évoque à tous les coups ses origines. Sarko est bien le seul ministre d'origine hongroise, pourtant on ne dit pas le ministre d'origine hongroise.

Daily Events : Quels sont d’après vous les solutions pour réduire les délinquances dans les quartiers sensibles ?

Nadir Dendoune : Il faut plus d'éducateurs dans les quartiers. Aujourd'hui quand on sait qu'il y a 4 éducateurs pour 100 flics, on comprend pourquoi une partie de la jeunesse des quartiers est dans cet état. Et puis, une vraie police de proximité, proche des gens, qui fait de la prévention, qui discute avec tout le monde, qui arrête les tutoiements, qui se contrôle. Surtout, des policiers expérimentés, pas des petits jeuneots qui sortent à peine de l'école. Autre chose: il faut de la mixité sociale. Moi, je travaillais bien à l'école en primaire parce que dans ma classe, il y avait des fils de cadres. En 6ème, je me suis retrouvé avec des cas sociaux et des profs bien jeunes, pas expérimentés (donc il nous faut des profs préparés pour travailler en banlieue). Un beau mélange pour la réussite.

Daily Events : Pensez vous que la France soit plus raciste qu’un autre pays ?

Nadir Dendoune : Dans tous les pays, il y a des racistes. Mais en France, les gens sont éduqués donc il devrait y avoir moins de fachos. Malheureusement, avec des types comme Le Pen, et maintenant Sarko, le discours raciste se banalise. Je ne dis pas Sarko est un facho, je dis juste que son discours est très ambigu et qui alimente les fantasmes des racistes. Y a qu'a aller au meeting UMP pour s'en rendre compte. C'est hallucinant comme on se croirait au meeting FN. Au lieu d'expliquer que le racisme est une grosse connerie, Sarko avec ses phrases démago, les confortent dans leur bêtise. Je pense que Sarko est comme un vendeur de cravates, il s'adapte au marché. Il sait qu'une partie de la France veut entendre ça, alors il va dans ce sens. Ce qui est bien plus dangereux. Il ne sera jamais mon président.

Daily Events : Pensez vous que votre livre aura un impact sur les électeurs ?

Nadir Dendoune : Je ne pense pas être assez connu et une personne assez importante pour que mon livre ai un tel impact. Il faut déjà en faire beaucoup plus de publicité. Je ne l’ai pas écrit pour ça mais si ça peut faire changer certains avis c’est tant mieux.

Daily Events : Avez-vous des projets pour un nouveau roman ?

Nadir Dendoune : Je voudrais écrire un roman. Prendre un peu le temps pour ça. J'aimerais aussi repartir sur les routes. J'ai peut-être un projet pour octobre. Un truc bien top. Faut toujours viser plus haut, non?

"C'est l'histoire de deux citoyens français, apparemment identiques devant la loi. Le premier, c'est toi, Nicolas Sarkozy..." Fils d'immigré maghrébin, le journaliste Nadir Dendoune a décidé de s'adresser à un autre fils d'immigré, Nicolas Sarkozy. Il lui raconte sa jeunesse, celle d'un enfant d'une cité de Seine-Saint-Denis, qui a connu la délinquance et la prison, avant de réussir sa vie. Une expérience qu'il confronte aux slogans du candidat de l'UMP. Nicolas Sarkozy a enfin trouvé à qui parler.

En 2005, il a déjà publié Journal de guerre d'un pacifiste (Ed.CFD) où il raconte son expérience de bouclier humain en Irak.


Rencontre à la Librairie Kléber avec Ginou Richer pour son roman:

"Piaf mon amie"


Une jeune fille de seize ans se balade sur les Champs-Elysées. Guy Bourguignon, l'un des neuf Compagnons de la Chanson, est foudroyé par ses yeux verts. L'adolescente croise le destin de Piaf, à jamais. Edith découvre Ginou. Les deux femmes deviennent amies. Comme deux âmes soeurs. Ginou ne sera jamais l'employée, la secrétaire ou la dame de compagnie de Piaf, elle sera tout simplement sa 'meilleure amie', comme Edith le lui a écrit, au dos d'une photo. Pendant quinze ans, Ginou vivra le quotidien d'Edith. Ses amis et ses amours célèbres, ses douleurs, ses drames. Ses amants, ses maladies, son crépuscule. Ses superstitions, ses peurs, ses folies. Son pouvoir et ses prémonitions. Ginou sera sans cesse de l'autre côté du miroir, le matin, le soir, la nuit. Personne n'a vécu aussi longtemps qu'elle sous le même toit de Piaf. Personne ne peut mieux la connaître, mieux la comprendre, mieux l'expliquer, sans jamais la juger. Ginou nous livre un portrait saisissant de l'être fragile, pur, profond, pudique, généreux, croyant, qui se cachait derrière la chanteuse mythique. Elle nous raconte son Edith, entre ombres et lumières, celle que personne ne pouvait connaître de façon aussi intime, aussi secrète. Ginou nous dévoile la force de vie qui portait Piaf, dans une existence semée de tragédies. Elle nous rend la beauté de son visage et de son âme, mais aussi son humour. Edith et Ginou ont passé quinze années à rire, à se protéger, à s'aimer.

Daily Events : Pourquoi avoir mis quarante ans à écrire ce livre ? C’était trop dur ?

Ginou Richer : Non. C’était parce que c’était des souvenirs à moi et je pensais que ça n’intéresserait personne que je les gardais pour moi, c’était ma vie et celle d’Edith, je ne voyais pas que ça pourrait intéresser des gens. Pour le quarantième anniversaire de sa disparition il y a plein de gens qui ont écrit des livres, ceux qui ne l’avaient pas connue ou qui l’avaient vue en passant et qui ont écrit des choses fausses. Pour elle je voulais rectifier son portrait parce qu’elle n’était pas comme ça pas comme il le disaient, je voulais dévoiler mon Edith a moi. Je me rends compte que ça me fait du bien qu’on la connaisse et que les gens connaissent maintenant la vraie Edith. Quand on a lu le livre et qu’on a vu le film on peut se faire une idée complète d’Edith alors qu’avant ce n’était que mensonge.

Daily Events : Vous avez vécu quinze ans auprès d’Edith, arriviez vous à différencier l’artiste de la femme. Vous avez connu les deux mais j’imagine que vous étiez plus proche de la femme.

Ginou Richer : Oui parce que pour moi l’artiste c’est quand elle répétait et qu’elle était sur scène, après c’était mon amie. Mais j’ai toujours vue tous ses tours de chants en quinze ans je n’ai jamais raté une répétition , je n’ai jamais été lassé, je me suis pas dit « ce soir j’y vais pas je l’ai vu hier… » j’ai toujours eu envie soif de la voir et la revoir encore. Les chansons d’elle qui me donnaient des frissons me donnaient des frissons a chaque fois. Je ne les dissociais pas l’artiste de la femme j’aimais les deux, elles avaient chacune leur part.

Daily Events : Avez-vous des regrets par rapport à votre relation avec Edith Piaf ?

Ginou Richer : Je n’ai aucun regret. On n'aurait pas pu en faire plus ni mieux, je n’ai que du bonheur quand je repense à cette période.

Daily Events : Pendant quinze ans vous avez vécu dans son ombre. Vous n’avez jamais ressenti de jalousie ? Vous ne vous êtes jamais dit pourquoi pas moi ?

Ginou Richer : Oh la la non, pas du tout au contraire. Dés que je voyais un photographe ou un journaliste je me mettais derrière elle ou je sortais discrètement. Pour rien au monde. Moi ce que je voulais c’était être avec elle et c’est tout être là pour la soutenir. Je n’ai jamais ressenti de sentiments ni d’envie ni de jalousie je ne connais pas ce genre de sentiment en tout cas par rapport à elle.. La première jeune femme qui a été dans sa vie et qui a chanté avec elle dans la rue : « Momone » a eu cette jalousie et ça leur a gâché la vie à toutes les deux et leur amitié ça à tout gâché.

Daily Events : Votre roman est plein d’anecdotes, vous avez souligné tous les côtés positifs d’Edith Piaf contrairement au film qui moi j’ai trouvé à souligné surtout le négatif. Pourquoi ce choix ?

Ginou Richer : C’était pour qu’on connaisse bien Edith, le film est vraie elle a vécu tout ça Olivier Dahan ne l’a pas sorti de son imagination, il s’est documenté. En fait lui a fait la vraie Edith dans ce côté de sa vie. Moi j’ai donné l’autre côté d’Edith. A vrai dire, pour elle j’étais une camarade de jeux. Quand on était toutes les deux, même si on avait une différence d’âge on avait toutes les deux quinze seize ans et on faisait les bêtises de cette époque là. Olivier Dahan a trouvé son Edith et c’est la vrai et moi je vous ai livré la mienne.

Daily Events : Dans votre roman on ressent tout l’amour que vous avez pour elle, vous ne pensez pas avoir idéalisé Edith Piaf ?

Ginou Richer : Non sans ça je n’aurais pas tenu. Vous idéalisez quelqu’un que vous aimez, pendant un an deux ans. Quand vous avez un amoureux vous l’idéalisez au début et après vous l’aimez avec ses défauts mais on les voit au bout de quatre ou cinq ans. Non pas du tout, j’étais consciente de ce qu’elle était de ce qu’elle faisait, de ce que je lui apportais, je n’en ai peut être pas consciente mais elle me l’a souvent répétée, mais de ce qu’elle m’apportait ; oui j’en étais consciente. Je vivais un grand amour et ça n’existe qu’une seule fois. Alors les gens qui vont avoir l’esprit pointu vont penser sexe ; non. C’était un grand amour platonique, mais c’est un grand amour parce qu’on en avait tous les symptômes. Toutes les deux on était jalouse l’une de l’autre quand l’une ou l’autre allait parler à quelqu’un d’autre. Quand je partais de la maison une heure ou deux pendant qu’elle répétait quand je rentrais, elle me faisait un peu la gueule après ça allait mieux, mais elle n’aimait pas que je parte.

Daily Events : Peut-on donc dire que vous lui faites une déclaration d’amour ?

Ginou Richer : Oui c’est ça. Je l’ai aimée comme je n’ait aimé personne. Je n’ai pas aimé un homme comme j’ai aimé Edith. Edith, je pense que ça été mon grand amour, je pense que je n’aurais pas tenu quinze ans si je n’avais pas aimé comme ça. Même avec un homme que l’on aime et avec qui on a des rapports autres s’il y a que le côté sexuel ça ne tient pas. L’amour pour qu’il dure, il faut vraiment qu’il y aie un petit autre chose. On dit que la passion dure cinq ans quand c’est bien mené. Ca été mon grand amour, je n’ai jamais plus eu une amie ou un ami comme ça, on se complétait vraiment formidablement.

Daily Events : Dans votre roman vous racontez comment vous vous êtes reconstruite après son décès parce que vous n’aviez plus rien. Vous avez mis longtemps à faire le deuil ?

Ginou Richer : Je n’ai pas fait le deuil. Je me suis refusée d’aller la voir quand elle était malade, quand elle était dans le coma et quand ça allait être la fin. Je n’ai pas voulu aller à l’enterrement ce qui fait que je ne peux pas dire qu’Edith est morte, pour moi elle est partie. Parce que quand on part on revient. Elle ne m’a jamais quittée, j’en parle souvent au présent. J’ai eu le tort de voir ma maman il y a six ans morte, pour moi ma maman est morte alors qu’Edith non.

Daily Events : Vous avez écrit votre roman pour faire une déclaration d’amour, pour donner une image juste d’Edith Piaf. L’avez-vous fait aussi pour que votre fils, qui ne vous parle plus, comprenne mieux votre choix ?

Ginou Richer : Non je ne l’ai pas fait pour ça, mais j’ai été contente de l’intégrer à ça. Mais je ne pense pas qu’il y ait eu un choix, il n’y a pas eu de choix. Je partais avec Edith et avec les Compagnons donc je confiais mes enfants à mes parents, ça n’a pas été un abandon. Je revenais le plus souvent possible quand je n’étais pas en tournée avec Edith ils venaient chez nous à la maison. Je ne pense pas que mon fils se soit senti abandonné, il s’est senti abandonné quand j’ai divorcé de mon mari de Cannes et qu’il pensait que j’allais revenir vivre à Paris avec lui et là je ne l’ai pas compris.

Daily Events : Je voulais savoir si vous avez trouvé le film « La Môme » d’Olivier Dahan réaliste ? Moi je n’ai pas beaucoup aimé le film parce que je trouvais que cela ne ressortait que le côté péjoratif d’Edith et après avoir lu votre livre j’ai été contente de voir qu’elle avait un autre côté beaucoup plus joyeux aussi.

Ginou Richer : Pas mal de journalistes m’ont dit que pour bien connaître Edith Piaf il faut voir le film d’Olivier Dahan puis lire le livre, parce que cela s’emboîte bien l’un dans l’autre. Olivier n’a rien inventé ce qu’il a raconté c’est juste et vrai et moi aussi je la connaissais cette Edith là.



Rencontre à la Librairie Kléber avec Françoise Chandernagor pour son nouveau roman:

"La voyageuse de nuit"

Issue d'une famille de maçons creusois alliés aux descendants d'un esclave indien, Françoise Chandernagor, mère de trois enfants, partage sa vie entre Paris et le Massif Central. Après un début de carrière au Conseil d'Etat (entrée à vingt et un ans à l'École Nationale d'Administration — ENA —, elle en était sortie « major », première femme à obtenir ce rang), elle a abandonné le droit et la magistrature pour se consacrer à l'écriture.

Depuis son premier ouvrage, L'Allée du Roi, en 1981, Françoise Chandernagor a écrit une pièce de théâtre et huit romans, dont deux ont fait l'objet d'adaptations télévisuelles. Elle est traduite dans une quinzaine de langues. Depuis 1995, elle est membre de l'Académie Goncourt.

Que savons-nous de nos « proches » ? Lorsque Olga, malade, coupe brusquement toute communication avec son entourage, ne parle plus, ne regarde plus, ce sont ses filles qui ouvrent les yeux — sur ce qui les sépare. Dans cette famille en apparence si unie, chacune des quatre sœurs a, en effet, sa propre vision de la mort et sa propre vision de la mère. Les voilà renvoyées à leur enfance et confrontées à cette vérité : dans une famille, personne n'a eu la même mère.

Parce que Olga, silencieuse, les yeux fermés, est en train de s'effacer, chaque fille découvre sur « le clan », un clan étrangement matriarcal, ce qu'elle ne savait pas ou n'avait pas voulu savoir — petits secrets qui recomposent peu à peu un puzzle géant dont aucune, jusque-là, n'avait détenu toutes les pièces.

Daily Events : Comment vous est venue l’idée d’écrire un roman sur la maladie et la mort ?

Françoise Chandernagor : Parce que lorsqu’on arrive à la maturité, on a vu beaucoup de gens autour de soi mourir. Certains d’entre eux ont a dû les accompagner, si ce mot a réellement un sens car on ne les accompagne que jusqu'à un certain point et puis après ils continuent tout seuls. Du coup on se pose beaucoup de questions sur comment les choses se passent dans notre société contemporaine et surtout en France.

Daily Events : Ce livre est-il simplement un roman où avez-vous inclus des parties de votre vie?

Françoise Chandernagor : C’est un roman. Les romanciers sont comme les oiseaux qui font un nid, ils prennent des brindilles dans la réalité et ils font un nid qui n’existe pas dans la nature c’est leur propre construction. Il y a des éléments que j’ai vus et entendus dans les hôpitaux, au chevet des mourants, des choses vues dans des familles de filles, personnellement je n’appartiens pas à une famille de filles, mais ce sont des choses que j’ai observées. Ayant été une fille, ayant eu une mère je voulais parler du rapport mère fille, ce sont des brindilles de ma vie mais l’histoire que je raconte c’est un roman.

Daily Events : Votre nouveau roman se déroule dans un univers très féminin, autour de cinq femmes Olga la mère et ses quatre filles. Pourquoi ce choix ?

Françoise Chandernagor : Je voulais raconter l’histoire d’un monde clos de femmes. J’avais envie d’un univers purement féminin et de montrer ce que cela a de merveilleux de complicité dans des groupes de filles même en amitié, mais aussi de montrer le danger qu’il y a lorsque l’homme n’est pas présent. Le danger que le corps des filles ne se sépare pas de la mère. On à l’habitude de dire que c’est très dangereux pour un garçon de vivre seul avec sa mère comme je le montre dans mon livre : « L’enfant des lumières ». Mais je voulais montrer que le danger n’est pas moindre il est d’un autre ordre quand la mère et ses filles n’arrivent pas à se séparer.

Dans mon roman le mari n'est pas très présent pour beaucoup de raisons et je pense qu’il n’avait pas bien sa place entre son beau-père et sa femme et puis les filles n’ont réussi à interposer aucun homme entre leur mère et elles. Ce qui compte c’est le rapport avec les sœurs et avec leur maman. Olga, la maman étant très jeune joue parfois à être la sœur de ses filles, joue à être la mère de ses petits enfants ce qui devient malsain.

Je n’ai pas demandé l’avis à un psychologue mais j’ai lu quelques livres qui décrivent la relation mère-fille et tous disent que ça peut devenir dangereux que les filles ont du mal à sortir du corps de leur mère. J’avais envie de montrer les charmes et les périls des relations entre filles. Ses quatre filles s’aiment, elles ont des rivalités entre elles quand leur maman est malade parce qu’elles n’ont pas les mêmes souvenirs de leur mère et elles ont du mal à prendre des décisions, mais malgré tout cela elles s’aiment. Olga est une mère qui est malgré tout aimante, dévorante mais aimante. Pour parler comme Bruno Bettelheim « c’est une mère suffisamment bonne ».

Daily Events : Le personnage du père est nettement moins présent dans le roman. Est-ce pour une raison particulière ? Pensez-vous que les hommes gèrent moins bien la maladie que les femmes ?

Françoise Chandernagor : Je pense vraiment que la mort comme la naissance reste une affaire de femmes. Les hommes gèrent nettement moins bien c’est une évidence. A l’époque c’est les femmes, dans les villages, qui nettoyaient le corps des malades. J’ai pu constater même dans les hôpitaux, que les grands patrons sont des hommes et que les petites mains sont des femmes, et à partir du moment où ils n’arrivent pas à sauver quelqu’un on ne voit plus les hommes. J’ai perdu une amie à 35 ans et plus aucun homme ne rentrait dans sa chambre. J’ai vraiment vu les hommes se défiler, et même dans les soins palliatifs où je n’ai par exemple jamais rencontré le chef de service qui était un homme. On retrouve la même chose dans les familles, se sont les femmes qui s’occupent de tout cela. On voit que dans les familles les filles s’occupent de tout et même des belles filles, car cela existe de gentilles belles filles, qui s’occupent de leurs beaux-parents parce que le fils n’y arrive pas.

Daily Events : Pour écrire votre roman qui aborde largement le thème des soins palliatifs. Avez-vous fait beaucoup de recherches spécifiques pour vos descriptions ?

Françoise Chandernagor : Disons que je n’ai pas fait de recherches mais j’ai utilisé ma propre expérience sur cela et j’ai relu pas mal de livres qui parlent de fins de vies.

Daily Events : On constate dans votre roman que les quatre sœurs n’ont pas du tout les même souvenirs de leur mère. Pensez-vous que c’est commun à toutes les familles ? Plus les gens nous sont proches moins on les connaît ?

Françoise Chandernagor : On a pas la même mère ou le même père, parce qu’on est l’aîné ou le benjamin. On est arrivé dans un instant précis de leur couple qui n’est pas forcément le même état que pour les autres frères et sœurs. Puis on a des traits de caractère qui font qu’on ne retient pas forcément les mêmes choses. On peut constater que dans des réunions de familles les enfants parlent de leur souvenir et aucun n’a les mêmes et certains ne se souviennent pas des souvenirs de leur frère ou leur sœur. On a pas eu la même enfance ni les même parents.

Daily Events : Combien de temps avez-vous mis à écrire ce livre ? Et dans quel état d’esprit vous étiez ? Arrive-t-on à décrocher de son roman ?

Françoise Chandernagor : J’ai mis deux ans. Oui on est plongé dedans quand on l’écrit mais on a hâte d’en finir et de s’en détacher parce que c’est tout de même très absorbant. C’est un peu comme une grossesse au bout d’un moment on a hâte d’en finir et c’est pareil pour mon roman. Je suis contente quand je l’ai terminé.

Daily Events : Je vous ai entendue dire lors d’une interview que vous avez donnée sur RTL que le mot que vous aimez le moins c’est le mot « FIN ». Je sais que vous avez déjà commencé votre prochain roman, n’arrivez vous pas à faire de pauses ?

Françoise Chandernagor : Non… Enfin si peut être. J’aime bien l’alternance entre un roman historique et un roman contemporain. Le prochain livre c’est un roman historique et j’ai une période pas trop fatigante, c’est un travail qui me porte. Je ne pourrais pas recommencer un roman contemporain je serais un peu fatiguée, mais j’aime bien alterner.

Rencontre à la Librairie Kléber avec Christine Ockrent pour son nouveau livre:

"Madame la... Ces femmes qui gouvernent"

  

Issue d'une famille de diplomates, Christine Ockrent est diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris. Elle entame rapidement une carrière de journaliste pour la télévision américaine puis réalise un 'scoop' télévisuel en 1979 en allant interviewer dans sa prison un ancien Premier ministre du Shah d'Iran quelques jours avant son exécution. Elle devient la première présentatrice du journal de 20h sur Antenne 2 en octobre 1981, et reçoit alors le surnom de la 'reine Christine' - surnom jusqu'alors accordé à une reine de Suède du XVIIe siècle. Nommée directrice adjointe de TF1 privatisée en 1987, elle revient l'année suivante sur Antenne 2. Elle se consacre ensuite à la présentation d'émissions de société avant de passer en 1996 sur France 3 pour animer un magazine politique avec les journalistes Serge July et Philippe Alexandre. Depuis 1997, Christine Ockrent est productrice et animatrice de 'France Europe Express', le rendez-vous politique hebdomadaire de France 3. Elle est également directrice déléguée de la radio BFM et éditorialiste à La Provence. Notons que Christine Ockrent est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages - 'La Double Vie de Hillary Clinton', 2001, 'Le Livre noir de la condition féminine', 2006 - chevalier de la Légion d'honneur et membre du conseil d'administration de Reporters sans frontières. Son professionnalisme et sa détermination lui ont permis de s'imposer comme une figure majeure du paysage médiatique français.

Les femmes exercent désormais des fonctions politiques capitales ; elles ne luttent plus contre la suprématie masculine mais pour l'accès au pouvoir. Que peut-on donc attendre d'un pouvoir féminisé ? Les femmes d'Etat ont-elles une manière spécifique de gouverner ? Christine Ockrent est allée à la rencontre de ces femmes de pouvoir pour nous les faire mieux connaître.

Daily Events : Auriez vous eu l’idée d’écrire ce livre si la configuration politique actuelle avait été différente ?

Christine Ockrent : Non l’idée du livre est venue de cette évidence qu’il y aurait cette fois ci en France plusieurs femmes candidates. Il n’était pas évident quand j’ai commencé le livre que Ségolène Royal obtiendrait l’investiture du parti socialiste, mais on savait qu’il y aurait en tout cas plusieurs femmes. L’interrogation commençait à monter ; est-ce que les Français pourraient considérer de voter pour une femme ? Je me suis dit : allons voir ces femmes qui sont au pouvoir dans les autres pays. Evidemment il était tout aussi important de s’attarder sur les femmes du siècle dernier qui faisaient figure d’exception et qui étaient des personnages hors du commun, tel que Margaret Thatcher et Indira Gandhi. Ce livre est une fresque de ces femmes là, de ces personnages là.

Daily Events : Comment avez-vous fait votre choix pour ces différents portraits ? Est-ce qu’il y a des femmes dont vous n’avez pas eu envie de parler ?

Christine Ockrent : Non je les ai toutes mentionnées mais à divers degrés, mais non je les ai toutes mentionnées. J’en ai même découvert en cours de route, je ne savais pas qu’il y avait un Premier Ministre en Corée du Sud, je savais qu’il y avait une femme Premier Ministre de Jamaïque. Enfin on découvre, qu’en dehors des pays qu’on connaît bien, dans des pays où les femmes n'ont aucun droit certaines arrivent à être au pouvoir.

Daily Events : Comment avez-vous choisi l’ordre de ces portraits ? Cela m’a interpellé, il n’y a pas vraiment d’ordre chronologique pourquoi ce choix ?

Christine Ockrent : J’ai essayé de réfléchir à un canevas qui ne soit pas une chronologie ou une succession. Angela Merkel c’est évidemment la plus importante et la plus proche de nous, donc il fallait commencer par elle. Ensuite Bachelet car c’est une autre femme démocratiquement élue et qui exerce le pouvoir exécutif. Entre les deux j’ai cherché des correspondances, comment elles ont surmonté les caricatures, ensuite je me suis intéressée à Thatcher puis, comment pour ces trois là être une femme pouvait changer la manière d’exercer le pouvoir, puis à des femmes qui n’exercent pas le pouvoir exécutif mais qui sont des chefs d’Etats.

Daily Events : Parmi toutes ces femmes laquelle vous a le plus impressionnée ?

Christine Ockrent : Oui il y’en à deux : Angela Merkel qui est certes une femme très impréssionnante, qui a une maitrise et une simplicite qui sont frappantes. Bachelet dans un tout autre registre est une femme très attachante, elle a une exubérance et une sympathie hors du commun.

Daily Events : Edith Cresson a dit : « Il Faut avoir une capacité de convaincre, convaincre c’est séduire donc il vaut mieux être bien physiquement » Que pensez-vous de cette phrase ?

Christine Ockrent : Je ne suis pas du tout d’accord avec elle et je pense que ça lui a joué des tours. Parce qu’avoir une définition aussi sexué de la politique, on a bien vu que malheureusement pour elle ça n’a pas bien marché. Autant le regard porté sur une femme est un regard toujours plus exigeant y compris le regard des autres femmes, autant ce n'est pas la condition suffisante. Angela Merkel est quelqu’un qui n’exerce aucun pouvoir de séduction au sens traditionnel du terme. On peut être impressionné par sa capacité de travail par cette approche méthodique qu’elle a des choses mais ce n’est pas de la séduction dans le sens ou Cresson l’employait dans les années 80. En revanche Margaret Thatcher a exercé de la séduction, ce qui surprend toujours, car nous avons une vision très caricaturale de Margaret Thatcher mais pour son époque et pour l’Angleterre de ces années la, en tout cas au début Margaret Thatcher a usé sciemment d’une forme de séduction.

Daily Events : Est-il plus facile pour une femme d’arriver au pouvoir de nos jours qu’à l’époque de Golda Meir ? Quelles sont les différences ?

Christine Ockrent : Non. Ce n’est pas plus facile, rien n’est plus facile pour une femme. Mais c’est plus communément admis. Les femmes de la deuxième moitié du vingtième siècle, Margaret Thatcher, Golda Meir, Indira Gandhi était des femmes exceptionnelles par rapport à leur époque. Aujourd’hui je ne dis pas que ça se banalise mais y’en a d’avantages. On voit bien que dans nos pays on accepte l’idée qu’une femme puisse légitimement arriver au pouvoir.

Daily Events : Après avoir lu votre livre, je me suis demandée pourquoi de nos jours il y a un tel débat sur la différence entre les hommes et les femmes, alors qu’en retraçant l’histoire on rencontre de nombreuses femmes au pouvoir : Catherine de Médicis, Mary Stuart, Catherine de Russie et bien d’autres encore…

Christine Ockrent : A l’époque c’était des reines ou des impératrices, et si vous discutiez leur décision vous vous faisiez couper la tête. Ce n’était pas tout à fait pareil.

Daily Events : D’après vous quels sont les pièges du pouvoir ? Et sont-ils plus nombreux pour une femme ?

Christine Ockrent : Les pièges du pouvoir sont ceux que l’on vérifie à chaque fois tel que l’autoritarisme, l’isolement, les phénomènes de cours. Je ne crois pas qu’ils soient plus périlleux pour une femme. Au contraire je crois qu’une femme est mieux armé, d’après ce que j’ai pu voir, elles ont moins le souci du protocole, elles sont plus concrètes dans leur manières d’aborder le pouvoir. J’aurais même tendance à dire que les pièges sont plus nombreux pour les hommes.

Daily Events : Comment expliquez vous le fait que dans des pays assez machistes comme le Chili et le Pakistan les femmes soient arriver au pouvoir plus tôt qu’en France ?

Christine Ockrent : Ce sont deux cas très différent. Au Pakistan, c’était une dynastie féodale donc le pouvoir se transmet dans la famille. Il y en à d’autres de pays qui fonctionnent comme ça, au Bengladesh où deux femmes se disputent le pouvoir depuis toujours, il y avait le Sri Lanka aussi à l’époque. Ce sont des pays où ce sont des clans qui restent au pouvoir. Le Chili c’est tout à fait autre chose Bachelet est réellement la première femme à avoir été démocratiquement élu dans un pays Latino-Américain.

Daily Events : pensez-vous que Ségolène Royal peut avoir plus de chances grâce à l’éléctorat féminin.

Christine Ockrent : Ca ça reste à voir, c’est une des questions très intéressantes de ce scrutin. On voit jusqu’à présent dans les scrutins que ce n’est pas le cas et que c’est Nicolas Sarkozy qui aurait plus d’intentions de votes féminines que Ségolène Royal. Angela Merkel en Allemagne n’a pas eu la majorité de femmes lorsqu’elle a été élue.

Rencontre à la Librairie Kléber avec Joseph Connolly pour son nouveau roman:

"L'amour est une chose étrange"

  

Ancien libraire, Joseph Connolly a dirigé pendant quinze ans 'The Flask Bookshop' à Hampstead. Son humour, son énergie et son goût pour la provocation ont conquis le public anglais, qui voit en lui l'héritier direct de Tom Sharpe et de Kingsley Amis. Il est l'auteur de plusieurs romans et d'une biographie de P.G. Wodehouse.

Angleterre, années 50. Dans la banlieue de Londres vivent les Coyle, une famille anglaise de la middle-class, en apparence ordinaire. Clifford, jeune écolier de huit ans en culottes courtes, n’attend qu’une chose, devenir adulte, tandis qu’Annette, sa soeur aînée perturbée par l’entrée dans l’adolescence, supporte mal les rigueurs d’une éducation religieuse.

Gillian, leur mère, archétype de la ménagère des années 50, est totalement dévouée à Clifford, jusqu’à ce que la vie et les événements fassent changer ses priorités. Quant à Arthur, le père, autoritaire et distant, il vit une crise intérieure qui aura à terme des conséquences catastrophiques pour toute la famille. Mais c’est l’arrivée tant attendue dans leur foyer du premier poste de télévision qui sert de catalyseur au grand désastre familial.

Avec "L’amour est une chose étrange", Connolly pénètre dans la sphère très fermée des grands auteurs anglais tels Jonathan Coe ou Martin Amis. Les péripéties de la famille Coyle sont en effet prétexte à une vaste réflexion sur les bouleversements de la société anglaise d’après-guerre, et sur la signification en plein Swinging London de notions aussi dépassées que l’amour, la fidélité, la maternité, les valeurs morales en un mot.

Daily Events : Je me demandais pourquoi vous avez décidé de placer votre histoire entre 1950 et 1990 ?

Joseph Connolly : Je ne l’avais jamais fait auparavant, je n’ai jamais placé aucune des mes histoires dans le passé tous mes autres romans étaient plutôt contemporains. C’était un exercice pour voir si j’étais capable de le faire ou non. Je voulais parler de l’enfance du personnage, donc je me suis référé à mon passé et je l’ai placé dans les années cinquante. Je me suis rendu compte que je pouvais encore revivre ces années là, je n’ai pas voulu faire de grandes descriptions, ni des passages d’histoires ou de politiques. Je voulais surtout essayer de recréer les odeurs et l’atmosphère de toute cette époque. J’ai trouvé cela très facile et j’ai du me forcer à revenir vers l’époque actuelle. Donc je vais probablement refaire un roman de ces années là.

Daily Events : Dans votre roman on voit de pauvres types et ce sont les femmes qui se battent pour survivre. Pourrait-on donc dire que votre roman est un peu féministe ?

Joseph Connolly : Il est complètement féministe même. Dans ces années là le mot féminisme n’existait même pas encore. A cette époque là il y avait beaucoup de femmes qui se sentaient frustrées, beaucoup aimaient être femme au foyer mais beaucoup d’autres n’avaient tout simplement pas le choix, c’est tout ce que les femmes faisaient. L’idée qu’une femme puisse devenir Premier Ministre à l’époque n’était qu’une blague. Les femmes s’occupaient de leurs enfants, nettoyaient la maison et après cela il leur restait encore dix heures devant elles, donc ce qu’elles faisaient à ce moment là c’est qu’elles recommençaient tout ce cycle à nouveau, c’est à ce moment là que le nettoyage devint obsessif. Toute femme qui disait qu’elle voulait travailler ça paraissait traître envers leurs familles. Les personnages féminins de ce roman sont de loin les plus fortes mais elles prennent une direction de vie assez bizarre. On le constate surtout avec le personnage de la mère, qui après le cataclysme, l’horrible évènement qui a été crée par son mari a fait qu’elle change complètement de personnalité, comme si un poids lui avait été enlevé des épaules. Elle pouvait enfin devenir la femme qu’elle avait toujours rêvée d’être et qu’elle n’avait jamais eu le droit de devenir. Annette aussi a crée un business, qui était tordu et illégal mais elle l’a fait elle-même, et Clifford n’aurait jamais été capable de faire ça car il est particulièrement flemmard. Donc oui j’insuffle une touche de féminisme dans ce roman.

Daily Events : Dans votre roman on retrouve beaucoup d’éléments qui montrent un côté très sombre tel que l’inceste, les nonnes et les pretres pervertis etc…

Joseph Connolly : En effet tous ces éléments peuvent être perturbants. Quand on parcourt le livre et qu’on liste tous ces éléments, cela paraît incessant et obsessif et j’espère que ce n’est pas l’impression que les lecteurs ont. En même temps je voulais montrer, non seulement le pouvoir maléfique de l’homme mais aussi la terrible hypocrisie quand le mal est fait au nom du bien. Il y’a une scène dans le livre dans un couvent irlandais où une jeune innocente va souffrir énormément mentalement et physiquement, mais le pire c’est que tout ce mal était fait au nom de Dieu. Je voulais parler de la corruption au nom de bien, pour que les personnes qui on été blessé puissent guérir malgré le mal qu’on leur a fait même s’il y a de fortes chances que cela ressorte de manière bizarre.

Daily Events : Votre roman n’est traduit qu’en France. Est-ce un choix ?

Joseph Connolly : La France a toujours été avide de traduire mes romans, ce dont je suis très heureux et reconnaissant. Cela ne fait qu’un an qu’il est sorti en Angleterre, donc j’imagine que d’autres pays vont le traduire plus tard. La France est le seul pays a toujours être constant et loyal, voilà la raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui.

Daily Events : pensez-vous que les lecteurs français vont réagir différemment à votre roman que les lecteurs anglais ? Et si oui pour quelles raisons ?

Joseph Connolly : Bien sûr. Pour un lecteur français qui n’a jamais vécu en Angleterre, ils ne connaîtra pas les détails et il va apprendre beaucoup de choses. Alors que les lecteurs anglais se reconnaîtront dans certains détails.

Daily Events : J’ai pu constater que votre livre n’a pas la même couverture en Angleterre et en France. Est-ce un choix délibéré ou est-ce la maison d’édition qui l’à voulu ?

Joseph Connolly : Je suis très actif dans la fabrication de la couverture, en Angleterre je suis chez Faber & Faber qui ont tendance à faire des couvertures assez simples et j’ai laissé carte blanche à Flammarion en France et je trouve que cette couverture est parfaite. Je ne pense pas qu’elle aurait fonctionné en Angleterre car cette rue paraîtrait trop banale pour des Anglais.

Daily Events : Avez-vous de nouveaux projets d’écriture ?

Joseph Connolly : Un nouveau roman va sortir dans un mois en Angleterre, qui à un titre pas facilement traduisible « Jack the Lad and Bloody Mary ». Cette histoire a lieu à Londres dans la période de l’avant guerre ; c’est le même genre d’histoire au sujet de certaines personnes tout à fait ordinaires à qui il arrive des choses très bizarres et qui vont vite être confrontées à la corruption.

Rencontre à la Librairie Kléber avec Didier Van Cauwelaert pour son roman:

 "Le père adopté"

  

Didier van Cauwelaert décide d'écrire pour subvenir aux besoins de sa famille, à l'âge de huit ans. Il manque d'abandonner cette vocation lorsque ses romans sont refusés par les éditeurs. Sa première publication se fait dans le 'courrier des lecteurs' du magazine 'Télé 7 jours', que l'entretien imaginaire du jeune auteur avec Greta Garbo a séduit !

Marqué par les figures de Diderot et de Marcel Aymé, son oeuvre est empreinte d'humour et d'un certain désespoir. Il porte sur la société une vision critique et désabusée. Il obtient plusieurs prix comme le prix Goncourt 1994 pour 'Un aller simple', le prix Roger Nimier 1984 pour 'Poisson d`amour' et le prix Gutenberg pour 'Les vacances du fantôme'. Il se consacre également au théâtre. Il a d'ailleurs obtenu le Molière 97 du meilleur spectacle musical pour son adaptation du 'Passe Muraille' de Marcel Aymé et il a reçu le Grand Prix du théâtre de l'Académie française.

Quels drames et quels enjeux faut-il pour qu'un enfant décide de gagner sa vie comme écrivain, à l'âge où l'on perd ses dents de lait ? En révélant ses rapports avec son père, Didier van Cauwelaert nous donne les clés de son œuvre et nous offre son plus beau personnage de roman. Un père à l'énergie démesurée, à l'humour sans bornes et aux détresses insondables, qui a passé sa vie à mourir et renaître sans cesse. Un père redresseur de torts et fauteur de troubles, qui réenchanta le monde par l'incroyable force de son destin, de ses talents et de ses folies au service des autres. Drôle, bouleversant, généreux et tonique, Le père adopté est à la fois un merveilleux récit des origines et un irrésistible appel à inventer sa vie en travaillant ses rêves.

Daily Events : Pourquoi avez-vous ressenti le besoin d’écrire ce livre ? Etait-ce pour faire un témoignage ?

Didier Van Cauwelaert : C’était une évidence. Quand il est mort dans mes bras, j’ai ressenti ce courant d’énergie qui est rentré en moi, c’était vraiment une évidence. J’ai commencé à écrire le livre des le lendemain de sa mort. C’est comme si lui me disait « allez maintenant au boulot, fini les pertes de temps à mon chevet à attendre que je passe, maintenant je suis passé, allez au boulot, je le sentais piaffer, je ressentais son énergie qui réclamait que je travaille. Je me suis lancé sans savoir comment j’allais pouvoir traiter ça, j’ai vraiment plongé, généralement je ne commence pas à écrire avant d’avoir construit et rêvé le livre.

Daily Events : Tout ce que vous avez écrit dans le livre sur votre père vous lui en aviez deja parlé de son vivant. Ou était-ce plus facile d’écrire ses sentiments que de les dire directement à la personne concernée ?

Didier Van Cauwelaert : Il y avait entre nous cette connivence très forte et en même temps beaucoup de non-dits comme je le dis dans le livre ce qui ouvre parfois la porte a des mal entendus inextricables. On dit qu’on se comprend sans se parler mais on comprend pas forcément les mêmes choses. Je crois qu’on se comprenait très bien il y avait chez nous deux le même côté extraverti et pudique au sens de « parlons du monde, imaginons, rêvons et tout ça plutôt que de mettre nos problèmes sur la table, trouver une autre manière d’ouvrir notre cœur que le côté basique genre alcoolique anonyme ; je m’appelle Marcel j’ai un problème depuis deux ans. Ce n’était pas notre conception du contact humain. Il y a des choses dans le livre que je ne lui ai pas dites d’autres qu’il ne m’a pas dites que j’ai découvertes ou que j’ai devinées. Mais c’est ce qui est intéressant, il faut laisser quelques zones d’ombre et un respect dans le mystère des gens sinon les rapports humains deviennent une autopsie et une dissection. On a l’impression qu’on comprend l’individu parce qu’on a démonté le moteur et les pièces détachées sauf que la voiture ne roule plus.

Daily Events : Vous dites dans votre livre que vous avez trouver votre vocation d’écrivain à l’âge de sept ans, n’avez-vous même jamais pensé à faire autre chose que d’écrire ?

Dider Van Cauwelaert : Non, si ce n’est le théâtre. Il y a eu un moment où le théâtre marchait et que personne ne voulait de mes livres donc je me suis dit pourquoi pas. D’un autre côté, pour des raisons d’ego je préfère l’écriture parce que je suis seul à travailler, je ne dois pas dépendre de quelqu’un. On est plus indépendant, on gouverne plus les choses il n’y a pas quelqu’un en face de vous qui vous dit si c’est bien ou pas. Je préférais me déléguer dans un objet plutôt que dans des personnes.

Daily Events : Vous avez mis combien de temps pour écrire ce livre ?

Didier Van Cauwelaert : Longtemps. Je pensais qu’il serait prêt avant, et en fait j’ai refait certaines choses, j’ai creusé certains éléments. Je pourrais vous dire exactement si j’avais les manuscrits avec moi car je mets les dates. Mais je pense avoir mis un an tout de même.

Daily Events : Avec le recul avez-vous des choses que vous auriez changés dans votre relation père fils ?

Dider Van Cauwelaert : Non parce que les quelques regrets que je peux avoir sont des questions par rapport à ces derniers mois. Si on lui avait dit pour le cancer ? Mais d’un autre côté il n’aurait pas voulu savoir. Il y a cette nostalgie sur cette chose qu’on n'a pas partagée. Mais sinon on a vécu plein d’autres choses et puis intuitivement je sentais qu’il était passé à autre chose. En revanche je pense que je n’aurais pas pu ne pas écrire ce livre. J’avais besoin de le faire circuler mon père, autrement qu’en parlant, ou en donnant des anecdotes, ou entretenir son souvenir auprès de ses amis. J’avais besoin d’offrir mon père, avec ce qu’est la chose que je sais faire c'est-à-dire un livre. Un roman même si tout est vrai avec une reconstruction de la mémoire, les mises en perspectives des choses, et la manière de ré enchanter le monde avec le caractère qu’il avait lui-même : tout ça c’est du roman.

Chaque jour en voyant les réactions des gens combien c’était important que je le fasse, parce qu’il se fait plein de nouveaux copains maintenant et je sens qu’il se la pète grave de là où il est. En plus, la jeune standardiste d’Albin Michel qui me dit « depuis que j’ai lu votre livre je me suis réconciliée avec mon père ». Si grâce aux livres il y a des enfants qui font des démarches pour lutter contre les crispations et de même des parents qui vont peut-être avoir un comportement plus sympa avec leurs enfants, c’est génial.

Daily Events : Ce que j’ai pu constater dans votre livre c’est que vous ne faites pas de reproches à votre père. Souvent en ce moment les livres sur les parents sont remplis de reproches. Ca fait du bien d’avoir un livre qui remercie un parent surtout dans la société dans laquelle on vit.

Didier Van Cauwelaert : C’est vrai, j’en ai ras le bol de lire des livres où on dit « c’est la faute à .. », non ce n’est pas la faute à... Mais même au niveau de mes frères et sœurs certains pensent que c’est de sa faute. Moi j’aurais pu écrire qu’à cause de lui je n’ai pas eu d’enfance, j’ai vécu avec l’idée de sa mort toute ma vie. Le tout est d’en tirer quelque chose de positif. Vous me demandiez si je pouvais changer quelque chose, non je ne peux que dire merci encore merci, on n'avait pas fini notre relation, il y a des tas de choses que j’aurais voulu qu’il voit de son vivant, mais je sens qu’il participe à sa manière.

Daily Events : Votre famille a bien réagi à la sortie du roman ?

Didier Van Cauwelaert : Ca dépend. Je ne leur ai pas donné avant de le publier, par contre j’ai vérifié toutes les données avant auprès de mes frères et sœurs. Mais il y a eu plusieurs sons de cloches.

Daily Events : Avez-vous déjà des nouveaux projets de roman ?

Didier Van Cauwelaert : Je suis en train de travailler sur un livre qui touche les lecteurs des 11 15 ans et plus aussi. Ca sera mon Harry Potter à moi, il y aura six tomes, et c’est génial je m’amuse beaucoup à l’écrire parce que je dois faire attention à ne pas employer un langage trop soutenu mais j’essaye de glisser certaines informations sur la science. C’est un super projet…

Rencontre à la Libraire Kléber avec Philippe Val pour son livre:

 "Traité de savoir-survivre par temps obscurs"

  

Chroniqueur à France Inter depuis 1992, d'abord chez Jean-Luc Hees, dans l'emission "Synergie", puis au côté de son successuer, Albert Algoud pour "La partie continue", Philippe Val a refondé avec Cabu, après la brève aventure de "La grosse Bertha", le nouveau Charlie Hebdo dont il est aujourd'hui le rédacteur en chef.

Son nouveau roman "Traité de savoir-survivre par temps obscurs", est partagé en vingt-trois chapitres parfaitement emboîtés, tressés de citations, de lectures, de films, de faits historiques, il tente de définir ce que pourrait être un "nouvel hommes des lumières". Comment ne pas se laisser dominer par l'espece; comment sublimer notre part sombre, faite de violence et de ressentiment; comment agir en homme libre. Bref comment ne pas donner prise à la culture du "malaise dans la civilisation", pente si courante dans un temps qui a connu le totalitarisme, la terreur, l'abjection?

Daily Events : Pourquoi le choix de ce titre ? N’est ce pas un peu pessimiste ?

Philippe Val : « Survivre par temps obscurs », je ne pense pas que les temps soient obscurs, parce que les attentats terroristes il y en a toujours eu et il y en a aura vraisemblablement toujours, ils représentent quelque chose de très obscur et même archaïque. Mais ce n’est pas ce qui fait que les temps sont obscurs. Ce qui fait que les temps sont obscurs c’est quand on démissionne devant ça, quand on décroche l’étoile de Bellmer à White Chapel, quand on recule devant l’idée de jouer Mozart dans une mise en scène anti-religieuse. Ca c’est un signe d’obscurité.

Daily Events : Quel est le message que vous avez voulu passer à travers votre livre ?

Philippe Val : C’est un livre sur l’imbrication qu’il y a entre le sentiment qu’on a de la joie et la civilisation, c.a.d. la participation à l’élaboration de la civilisation et le sentiment profond qu’on peut avoir de la joie.

On est sans arrêt dans une espèce de combat interne entre les lois de la nature de l’espèce qui veulent qu’on se reproduise et qu’on meure et que les plus forts surnagent et que les plus faibles disparaissent. L’espèce c’est une gare de triage, à la limite dont Auschwitz serait une métaphore parfaite. Beaucoup de nos comportements sont dictés par les lois de l’espèce alors que nous croyons être libres. Mais le petit pourcentage de liberté qu’on a qui est très précieux qui est plus petit qu’on pense, mais quand même qui est important il faut tâcher de l’agrandir en permanence, c’est là où s’exercent nos libertés. C’est la façon dont on s’affranchit les lois de l’espèce.

Pour donner un exemple, si on prend quelque chose que tout le monde peut comprendre tel que la sexualité: dans la loi naturelle de l’espèce c’est quand même la soumission de l’autre à des fins de reproduction et assouvir le plus rapidement, le plus brutalement possible sa pulsion primitive de rut. Dans ce domaine là, la civilisation invente l’érotisme, qui n’est pas forcément à des fins de reproductions, qui est un étirement de la durée du plaisir dans le temps. C’est transformer la durée en intensité. Je ne dis pas que ça ne contient pas une mélancolie de satisfaction brutale des instincts, Freud le dit dans « Malaise des cultures ».

On a tout à gagner de la civilisation, on a tout à gagner à s’affranchir de ses clichés pour s’inventer à chaque fois des libertés nouvelles et finalement des droits nouveaux. Donc ce n’est pas du tout un livre ni pessimiste ni optimiste, parce que je trouve que l’optimisme et le pessimisme sont deux conneries. Il n’y a pas de raison d’être l’un ou l’autre. Je pense qu’il faut approuver la réalité telle qu’elle se manifeste en étant toujours étonné que ce qui est soit. C’est toujours un peu étonnant que la réalité soit, ne jamais oublier ça et agir dedans pour qu’elle soit vivable : agir au mieux. C’est ça la liberté, agir à l’intérieur au mieux pour qu’elle soit vivable et l’approuver, on ne peut pas faire autrement qu’approuver la réalité. On ne peut pas dire qu’un autre monde est possible et n’y a que celui là, qu’il faut rendre vivable et dans lequel il faut tacher d’être heureux. La seule chose qui justifie que la vie soit c’est le plaisir qu’on y prend sinon c’est une tragédie.

Daily Events : Quels sont les auteurs qui vous ont inspiré pour écrire ce livre ?

Philippe Val : Des auteurs canoniques tel que Montaigne m’a beaucoup inspiré parce que je pense que c’est un évènement énorme dans l’histoire de l’humanité. C’est l’invention du sujet moderne, la renaissance c’est le moment où on se rend compte qu’il va falloir se débrouiller sans Dieu, on a une relation épicurienne à ce moment là, à savoir qu’il n’y a pas d’interaction entre eux et nous. Ils n’entendent pas parler de nous et nous nous n'entendons même pas parler d’eux. Ce n’est plus Dieu qui chapote le machin comme au Moyen Age, c’est à nous de le faire et c’est ce que fait Montaigne. Le principe qu’il faut inventer sa vie.

Ensuite Spinoza m’a beaucoup inspiré, parce que c’est une bombe atomique. C’est le Big Bang de la philosophie moderne, c’est une merveille d’intelligence, une intelligence qui est très féconde dans la réflexion. Les philosophes, aujourd’hui, continuent à travailler sur Spinoza.

Freud évidemment, c’est le grand homme de cette fin du 19e siècle, grand homme des lumières et grand homme intellectuel. Il induit une espèce de révolution hallucinante, depuis qu’il y a une historiographie depuis qu’on écrit les mouvements intérieurs des sociétés dans l’histoire. On sait qu’il y a eu des mouvements féministes dans l’Antiquité, il y en a eu au temps de Montaigne, mais jamais on n'avait réussi comme Freud l’a fait déjà en interprétant les rêves à abolir à délégitimer les causes de la domination des femmes par les hommes. Donc à partir de Freud la grenade est dégoupillée et en cent ans la place des femmes va changer complètement. Elles vont acquérir des droits, qu’elles voulaient mais elles ont la clé pour justifier ça grâce à Freud. La théorie psychoanalytique a apporté quelque chose d’énorme au monde libéral, libéral pas au sens économique mais au sens de la réalisation par chacun de sa propre vie. En littérature beaucoup d’auteurs m’ont inspiré j’aime beaucoup trop de choses.

Daily Events : Comment passe-t-on de rédacteur en chef d’un journal tel que Charlie Hebdo à un livre très philosophique ? C’est tout de même très différent.

Philippe Val : J’essaye d’écrire des choses proches de ça dans mes éditos et dans mes chroniques de radios depuis des années. Pour moi c’est naturel, j’essaye de faire des éditoriaux philosophiques si l’on veut, quand ça s'y prête. C’est ma nature, c’est ma pente.


Rencontre à la Librairie Kléber avec Pauline Delpech pour son polar "Sous la neige noire".

  

Ce nom ne vous est peut-être pas inconnu, en effet Pauline fait partie de la famille du chanteur Michel Delpech puisqu'elle n'est autre que sa fille. Comédienne à ses heures (série RIS sur TF1) elle est aussi auteur. En effet, Pauline Delpech, vingt cinq ans, comédienne, écrit depuis l'adolescence. En 2007, elle publie le roman "Sous la neige noire" chez Michel Lafon.

Pourquoi le commissaire Barnabé échappe-t-il à une tentative de meutre le soir même de son arrivée dans les Alpes? Pourquoi, au fil des jous, ces assassinats terrifiants, cette jeune institutrice vidée de ses entrailles, ces restes humains sous la neige d'une tempête estivale? Quel est ce tueur démoniaque qui semble, même à Paris, s'attacher aux pas de l'enquêteur?

Mlle Céline Cléry: Vous avez une formation d'actrice au départ, pourquoi vous êtes vous tournée vers l'écriture?

Mlle Pauline Delpech: Au tout départ ma passion c'est la criminologie, et j'ai fait des études pour être criminologue d'ailleurs. C'est vrai que les sept ans de droit m'ont un peu lassée et par fainéantise j'ai un peu renoncé, donc je me suis dit que j'allais interpréter des rôles de criminologues dans des films et qu'ainsi j'allais mêler mes deux passions. Puis un jour mon éditeur m'appelle parce qu'il était au courant que je m'essayais à l'écriture d'un polar, ca l'intéressait puis une fois qu'on a signé un contrat on n'a plus trop le choix et puis après c'est plus que du bonheur.

Mlle Céline Cléry: C'est votre passion pour la criminologie qui vous a fait écrire un polar. Vous n'auriez pas envie de faire un roman d'un tout autre genre?

Mlle Pauline Delpech: Ah si j'ai des idées plein la tête de roman d'autres genres. J'aimerais écrire un roman bouleversant sur la mort, mais sur la mort d'un être aimé, sur une mort douce. Ou bien un roman sur une rencontre, ou sur l'amour tout simplement. Pour l'instant je vais faire une trilogie sur Barnabé mais après pourquoi pas m'essayer à autre chose.

Mlle Céline Cléry: Y a-t-il des auteurs qui vous ont inspirée plus particulièrement pour écrire votre roman?

Mlle Pauline Delpech: Non. Mais il y a des auteurs que j'aime passionnément: Connon Doyle, Agatha Christie... Mais vous voyez bien que dans mon écriture il n'y a pas d'éléments en commun avec eux. Sinon j'aime passionnément Hemingway et Dostoievski et Fitzgerald, j'aime aussi Proust. Moi je suis une passionnée et une fanatique de lecture et je suis malheureuse parce que je sais que je mourrais en étant passée à côté de chefs d'oeuvre absolument incroyables. Et ça ça m'énerve.

Mlle Céline Cléry: Votre roman est-il une pure fiction ou vous êtes vous inspirée de votre vie ou de personnes de votre entourage?

Mlle Pauline Delpech: Y'a beaucoup de moi dans Barnabé. Barnabé il m'est apparu il y a six ans dans une période assez douloureuse de ma vie, où pendant très longtemps je suis restée à l'hôpital, et le seul moyen de m'en sortir c'était d'écrire et de m'évader. Quand Barnabé est venu ça était magique, j'étais 24h sur 24h avec lui en train de me balader, il m'a sauvée ou en tout cas il a participé à ma guérison. Je dis toujours que Barnabé aime sauver et aime être sauvé. C'est un homme sombre et tenace il est un peu comme moi, il aime passionnément la vie et des fois il n'a plus envie de rien. C'est tout un paradoxe et c'est tout sauf un super héros, il est rempli de failles et de défauts et de belles qualités et ça fait de lui un homme attachant. Il y a beaucoup de moi chez Barnabé.

Mlle Céline Cléry: Le choix de Chamonix comme lieu de l'intrigue est-ce un hasard ou êtes vous attaché à cet endroit?

Mlle Pauline Delpech: Non, non. Quand j'ai commencé mes recherches intensives sur les années 30, j'ai découvert Stavisky qui est un personnage pour moi romanesque au possible, tout de suite j'ai voulu l'inclure dans mon livre. Comme il meurt à Chamonix et que mon intrigue avec Alexis Cortès se passait à la montagne, j'ai tout placé à Chamonix pour faire d'une pierre deux coups.

Mlle Céline Cléry: Le fait que l'intrigue se déroule en temps de neige est ce pour une raison spécifique?

Mlle Pauline Delpech: Non, non, il y a un film que j'ai aimé mais que j'aurais voulu lire: c'est Fargo des Frères Cohan. Ce film se passe dans cette atmosphère enneigée mais quand même noire, et c'est très dépouillé et feutré en même temps. La neige et la montagne et la puissance des massifs, c'est tout un mélange de contrastes de sentiments et de ressentis qui passent en une fraction de seconde du sombre à la douceur. C'était très important pour moi d'inclure de la neige dans ce premier roman.

Mlle Celine Cléry: Avez-vous voulu faire passer un message particulier à travers votre roman?

Mlle Pauline Delpech: Non aucun! Mais c'est drôle parce que moi j'ai beaucoup changé depuis ce livre, depuis le début de l'écriture jusqu'à maintenant. Ca m'a même adoucie je suis moins éparpillée j'ai l'impression d'être à ma place. En effet ce livre m'a permis de trouver que je suis capable de faire quelque chose de valable. J'ai mis un an à l'écrire et je suis fière de l'avoir fait jusqu'au bout.

Mlle Céline Cléry: Vous pensez coïncider vos deux carrières d'actrice et d'écrivain?

Mlle Pauline Delpech: Bien sûr, je ne renonce pas. Je pars en tournée avec une pièce de théâtre de Feydeau, vous voyez c'est très léger à côté. Après je vais faire un long métrage courant mai qui s'appelle "Les Saisonniers". Non non je ne renonce pas, au contraire j'espère avoir de très beaux rôles, j'adorerais.

Rencontre à la Librairie Kléber avec Catherine Nay pour son livre "Un pouvoir nommé désir".

  

 Editorialiste spécialisée en politique, Catherine Nay exerce à Europe 1 où sa chronique hebdomadaire relève des faits d'actualités. Auteur d'ouvrages biographiques dans lesquels elle met à profit son sens aigu de l'observation, Catherine Nay se penche en 1984 sur le cas Mitterrand dans "Le Noir et le rouge", elle s'attaque aussi à Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing dans "La Double méprise" en 1980. Suivant de près l'évolution politique du pays, elle analyse les rapports complexes entre Chirac et Mitterrand dans le "Dauphin et le Régent" en 1994. Catherine Nay étant fascinée par les hommes de pouvoir, il est normal qu'elle consacre son dernier livre biographique, à Nicolas Sarkozy, au titre évocateur  "Un pouvoir nommé désir". Catherine Nay a présenté son livre mardi 20 février à la Librairie Kléber.

Mlle Céline Cléry: Quelles sont vos motivations pour écrire des biographies politiques?

Mme Catherine Nay: Pourquoi je l'ai fait? J'ai fait cette biographie parce que je connaissais Nicolas Sarkozy depuis longtemps. Je m'interessais à lui forcément parce qu'il était dans le paysage, mais il y est entré encore plus pendant le quinquenat, c.a.d qu'il envoyait tous les jours une carte postale, c'est lui qui nourissait le débat, qui brisait les tabous qui suscitait même la polémique, il était toujours sur le devant de la scène. Il n'était pas Premier Ministre, mais il était le premier des ministres. En 2003, quinze mois après la reélection de Jacques Chirac, il a dit qu'il pensait à 2007, et pas seulement au présent, il a voulu dès cette période faire acter par l'opinion l'idée que Jacques Chirac pourrait avoir un successeur. Il s'est posé en successeur, il s'est préparé très tôt pour la présidentielle d'aujourd'hui. J'ai trouvé que stratégiquement c'était très culotté et de surcroît très malin. C'est pour cela que j'ai voulu expliquer quel était le parcours de cet homme dés le départ et expliquer d'où était fondée cette ambition et son idée fixe de réussir en politique.

Mlle Céline Cléry: La pression de l'entourage de Nicolas Sarkozy a dû être importante. Comment avez vous fait pour rester objective?

Mme Catherine Nay: Je pense que pour être objective il faut voir beaucoup de gens. Moi j'ai vu plus de 200 personnes, il est important de voir des gens qui font partie de son entourage. En plus je l'avais vu à l'oeuvre depuis longtemps comme journaliste et j'avais mon idée et on voit bien que c'est quelqu'un qui à d'énormes qualités et les défauts qui vont avec. J'ai essayé de le montrer dans toutes ses forces, toutes ses faiblesses avec ses qualités et ses défauts.

Mlle Céline Cléry: Aujourd'hui tous les sondages prédisent un deuxième tour Nicolas Sarkozy / Ségolène Royal. D'après vous quels sont les atouts de Nicolas Sarkozy?

Mme Catherine Nay: Nicolas Sarkozy a travaillé plus qu'un autre et dans des conditions qui n'étaient pas habituelles en politique. Il n'est pas énarque, il est avocat et il a gravi les marches une par une et non pas comme un énarque. On fait l'ENA. On entre dans un cabinet ministériel qui est le cursus habituel d'un grand nombre de politiciens tel que : Chirac, Juppé, Fabius, Hollande et aussi Ségolène Royal. Sarkozy a commencé en bas en faisant des travaux ingrats tels que, la vente du muguet, nettoyer la salle du RPR, placarder les affiches dans Paris etc...

Mlle Céline Cléry: Vous avez dit dans une de vos interviews qu'il était plus facile de révéler la vie privée d'u